Chosôn





Kyongbok-gong (Séoul, 01.04 86 )

L'empereur est parti
et ses femmes aussi
Le lac sous le pont
est désert et le pavillon
n'entend plus les chansons
Le reflet de la lune
est absent dans la brume
Souvenir c'était hier

Piwon (Séoul, 02.04.86 )

Au jardin secret
la fleur précède
trois jours
le printemps
le forsithia
avant les feuilles
au jardin secret
La longue muraille
abrite le cerisier
de la bise aigre
Peine perdue
les fleurs tombent
quand même
à peine

Tongdo-sa (Kyongju, 04.04.86 )

La ville béait néante
loin du royaume glorieux
grandes heures grands fastes
à si peu réduits.
La ville poussait péniblement
les tumuli jaunes
défi éternel à l'oubli
des rois magnifiques.
L'avenue tordue
au service du sanctuaire
véhiculait l'historien
interrogeait les pierres
sèches de tant d'hivers.
A l'auberge transi
Au pied du portail
des dieux gardiens
la vieille servante dit.
J'ai vu au temple
que l'histoire n'est pas obtenue
dans le futur le présent le passé.
Quel historien veux-tu réchauffer ?

L'ermitage (Haein-sa, 04.04.86 )

La tuile volait au ciel
obscurcie par la fumée.
Les pélerins étaient partis
et les moines chantaient
dans la grande salle.
Aux fenêtres de papier
la lampe projetait
une lueur immobile
jaune un peu paille.
Montagne bleue
Trois pins sur la crête
Mains jointes.

La tasse (Haein-sa, 04.04.86 )

L'innocent œil humide
et rèves amniotiques
se dandine d'un pied
risette au crapaud.
Au seuil de l'immense bibliothèque
l'immortel raconte
j'ai lu tous les livres
tout avenir est passé
sans cesse répété
je désire le suicide
impossible
le divin sommeil
le vrai lendemain
sans clair matin
j'imagine les morts inaccessibles
les néants sans rédemption.
A quoi joues-tu le soir
l'innocent
quand l'éveil saute les moutons du repos ?
l'innocent les mains sur les hanches
dit je suis une tasse
Je me prends l'anse
Je me vide

Miruk (Séoul, 05.04.86 )

Bouddhas debout
Dans la forêt de pins
si loin si hauts< br> si près si gros
Sourires de pierre
aveugles
Bruits de la source
Indifférents
Le soleil est froid
dans la vallée des morts

Le calligraphe (Séoul, 06.04.96 )

Vidé
tout savoir
Rempli
toute ignorance
Broyé
l'encre
sur la pierre du dedans
Trempé
le pinceau
dans l'obscurité
Tétanisé sur l'aveuglant
riz papier blanc sans image

Michel Deverge
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