Une adaptation de
Les Préceptes du Bon gouvernement Domestique de Maître Chu
Traduction de Michel Deverge
Calligraphie de Tan Swie Hian
Préface de Etiemble
Taipei, Editions Li Ming, 1983


Les Préceptes sont un des vieux textes les plus lus. Ils figurent (en gros caractères et quatre styles ) dans les almanachs que toute bonne maîtresse de maison chinoise suspend dans sa cuisine au seuil de l'an en guise d'effigie du dieu de la cuisine. Le rituel est propre à chasser les miasmes et autres émanations maléfiques d'autant que ce texte est accompagné d'autres classiques populaires de considérable vertu : le Classique des Milles caractères, le Classique des Noms et le Classique du Savoir.

Le prestige des Préceptes doit beaucoup à la confusion. On attribue communément à Chu Hsi, le très grand philosophe, la paternité de l'œuvre. Elle est plus modestement de Chu Po-Lu, un lettré du début des Qing (1617-1689 )

Les 32 couplets, dont beaucoup sont passés dans les proverbes, dictons et adages, relèvent de l'orthodoxie confucéenne toute crachée et témoignent de la morale " bourgeoise ", osera-t-on dire : La maison des Préceptes n'est en effet pas une maison de peu ou de rien, elle est peuplée de serviteurs, épouses et concubines, les enfants étudient et les invités sont traités avec largesse. Ne pas confondre confucianisme et ascétisme !


Dès le point du jour levez vous
arrosez et balayez la cour
nettoyez et rangez au dedans et au dehors.
Dès le crépuscule reposez-vous
Assurez vous en personne
Que toutes portes et fenêtres sont fermées et barrées.

Ne prenez pas un repas sans penser
à la peine qu'il a fallu prendre
pour faire pousser le riz.
N'oubliez jamais que même la moitié d'un fil
ne se fait pas sans soie ni labeur .

N'attendez pas qu'il pleuve
pour prendre vos dispositions.
N'attendez pas d'avoir soif
pour creuser un puits.

Dans vos besoins personnels
ne vous laissez pas aller à la dépense.
Dans le traitement des invités
ne vous abandonnez pas au plaisir.

Que vos ustensiles soient
Simples et propres.
Que la poterie soit préférée
à l'or et au jade.

Buvez et mangez modérément
mais bien.
Préférez les légumes du jardin
aux mets recherchés.

Ne vous construisez pas de résidence
fastueuse.
Ne cherchez pas à acquérir
de bonnes terres.

Bavardages et commérages sont les mamelles
de la concupiscence et de la malhonnêteté.
Jolies suivantes et concubines mignonnes
ne font pas le bonheur du gynécée.

N'employez pas de serviteurs
qui soient intelligents et beaux garçons.
Interdisez formellement l'usage du fard
aux épouses et concubines.

Même si les ancêtres sont loin
respectez scrupuleusement l'observance des rites.
Même si les enfants sont benêts
ne les dispensez en aucun cas de l'étude
des Quatre Livres et Cinq Classiques

Soyez économe et simple
en votre vie
Suivez les bons principes
dans l'éducation des enfants

N'enviez pas la fortune mal acquise
Ne passez pas la mesure en buvant

Dans le commerce des petits marchands
ne tirez pas d'avantages indus.
Dans la fréquentation des parents pauvres
et des voisins défavorisés
sachez témoigner de la compassion

L'établissement de sa maison par des voies mauvaises
n'apportera sûrement pas de jouissance durable
La déraison et l'erreur
dans les Cinq Relations Sociales
et les Cinq Vertus Fondamentales
entraînent immédiatement le désastre.

Ceux de la famille qui ont
doivent donner à ceux qui n'ont pas.
Grands et petits, garçons et filles
doivent se comporter avec réserve
et parler avec componction.
Celui qui écoute les femmes
et sème la discorde parmi les enfants
comment serait-il un homme de cœur ?
Celui qui révère la richesse
et néglige ses parents
n'est pas un homme ni un fils.

Choisissez un bon mari pour votre fille
et n'exigez pas un riche cadeau de fiançailles.
Choisissez une bonne épouse pour votre fils
et ne courez pas la grosse dot.

Celui qui est flatteur envers les riches
n'a pas la moindre vergogne.
Celui qui use de hauteur envers les pauvres
est méprisable au plus haut point.

A la maison évitez disputes et critiques
qui mènent finalement au malheur.
Dans le monde évitez l'abondance de paroles
qui mène inévitablement à l'erreur.
Ne vous appuyez pas sur la force
et n'outragez pas la veuve et l'orphelin
. Ne soyez pas glouton
et ne tuez pas inconsidérément bétail et volailles.

L'extravagance cause
regrets et fautes sans nombre.
La complaisance dans la paresse
empêche d'établir sa maison.

Fréquentez de jeunes vauriens
à la longue vous deviendrez semblable à eux.
Soumettez vous aux personnes âgées
et expérimentées. En cas de besoin
vous pourrez vous appuyer sur elles.

Si vous donnez foi aux racontars et les propagez
comment savoir si ce n'est pas de la calomnie ?
Soyez patient et pensez trois fois.
S'il y a querelle
comment savoir si ce n'est pas ma faute ?

Oubliez le bienfait que vous dispensez.
Gardez en mémoire le bienfait reçu.
En toutes choses
laissez une voie pour la retraite.
En vos satisfactions
sachez vous arrêter.
Ne jalousez pas le bonheur d'autrui.
Ne vous réjouissez pas du malheur d'autrui.

Une bonne action ostentatoire
n'est pas vraiment bonne.
Une mauvaise action dissimulée
est doublement mauvaise.

Regards coquins et pensées luxurieuses
retomberont sur vos femmes et vos filles.
Haine cachée et traîtres actions
Retomberont sur votre descendance.

Si la maison est en harmonie
même s'il n'y a pas assez à manger
vous aurez des bonheurs de reste.
Si les impôts sont payés en avance
même si la bourse est vide
vous connaîtrez de grandes joies.

Que le but de l'étude
soit la connaissance des sages.
Que, fonctionnaire, dans votre cœur
soient le prince et le pays.

Remplissez les devoirs de votre état
et soyez content de votre sort.
Soumettez-vous au cours naturel
et remettez-vous en au destin.

Celui qui agit selon ces préceptes
approche de la réalisation.

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