A l'Est, le soleil rouge
Retour sur le génocide cambodgien


Dans la trahison continue des clercs et dans la série Vive Staline, Vive Mao, Vive les Humanistes, on n'oublie pas l'épisode Vive les Khmers Rouges où l'establishment de gauche a également brillé de toute sa perspicacité. Comme d'hab, le grand quotidien de référence a joué un rôle de premier plan dans ces mortelles erreurs d'appréciation.

Sur le mode de l'éditorial immortel du Monde annonçant la mort du père des Peuples " Staline restera sans doute l'homme qui a réconcilié la Russie et la révolution au point des les rendre inséparables. Elle a aussi permis à l'homme de remporter sur la nature quelques-unes de ses plus magnifiques victoires (...) " Jacques Ducournoy décrivait le programme des khlers rouges dans "Le Monde" du 16 avril 1975 : " Une société nouvelle sera créée; elle sera débarrassée de toutes les tares qui empêchent un rapide épanouissement : suppression des moeurs dépravantes, de la corruption, des trafics de toutes sortes, des contrebandes, des moyens d'exploitation inhumaine du peuple (...)Le Cambodge sera démocratique, toutes les libertés seront respectées, le bouddhisme restera religion d'Etat, l'économie sera indépendante, l'usage de la langue nationale sera généralisé dans les services publics "

Patrice de Beer était le correspondant du Monde à Phnom Penh ; Sur place, de visu mais avec des lunettes roses, il en remettait une couche dans les éditions des 17, 18 et 30 avril 1975 : libération de la ville, enthousiasme populaire, citadins mis à l'abri à la campagne etc.

Jean Lacouture passait à la télévision pour chanter les khmers rouges dans la même tonalité (Il ne fut pas le seul) mais fut assez intelligent pour faire machine arrière à l'occasion de la parution du livre de Ponchaud et retrouver l'habit de tribun des droits de l'homme.

Et puis, alors même que la vérité sur l'humanisme de Pol Pot commençait à transpirer, Jacques Ducornoy, encore lui, marquait l'édition du 18 juillet 1975 de son célèbre : "Ce peuple est à l'ouvrage jour et nuit, si l'on en croit Radio-Phnom-Pen - qu'il n'y a aucune raison de ne pas croire en ce domaine - tout le monde vit de la même façon, transporte, pioche, reconstruit, repique, ensemence, récolte, irrigue, depuis les enfants jusqu'aux vieillards. L'allégresse révolutionnaire a, parait-il, transformé le paysage humain (...) Une société nouvelle est assurément en gestation dans le royaume révolutionnaire"...

Le temps a passé, le régime de Pol Pot a disparu (mais pas tous les Khmers Rouges), la gauche prolétarienne et révolutionnaire est restée groupusculaire (?), Le Monde est virtuellement en faillite et pleurerait une subvention du gouvernement de droite ; Surtout, la vérité n'est plus mise en doute depuis la publication des terribles photographies dans la livraison de la Far Eastern Economic Review du 20 juillet 1979.

Il n'y a pas de morale à cette brève histoire, sauf celle que vous lui donnerez : Doutez de tous, tout spécialement de ceux qui vous annoncent le bonheur du genre humain et qui, pire encore, vous le promettent.

Les chemins de la vie et de les hasards de l'amitié m'ont amené à connaître trois acteurs du drame cambodgien. Je vous recommande leurs livres qui en raconte infiniment plus que les colonnes du Monde et les balancements idéologiques de ses journalistes si objectifs.

Claire Ly dispose d'un site où est présenté son ouvrage Revenue de l'enfer - Quatre ans dans les camps khmers rouges (Editions de L'Atelier)

François Bizot : Otage des Khmers Rouges, François Bizot l'a été pendant trois mois en 1971, aux mains de Douch, l'un des collaborateurs de Pol Pot. Trente ans plus tard, il publie son très célébré Le Portail (Editeur : La Table Ronde), le récit de son expérience mais aussi une réflexion sur l'homme bourreau.

Denise Affonço vient de faire paraitre aux Presses de la Renaissance La Digue des Veuves dont on donne le texte de la jaquette :

"De mère vietnamienne et de père français, Denise Affonço était promise à une existence paisible au Cambodge jusqu’à ce que les Khmers rouges fassent basculer sa vie. En avril 1975, les autorités françaises rapatrient leurs ressortissants. Denise Affonço fait le choix de rester aux côtés de son mari, chinois et communiste convaincu, espérant que les Khmers rouges mettront fin aux cinq années de guerre civile contre la république khmère pro-américaine corrompue.

Mais rapidement, Denise et sa famille, tout comme des millions de citadins, sont déportés vers les campagnes, où ils découvrent l’enfer des camps de travail, la famine, la maladie et la mort. C’est ce cauchemar que se remémore l’auteur.

Son conjoint, jugé « trop intellectuel », est exécuté – elle en sera officiellement avertie lorsqu’on l’assignera à la construction de la « digue des veuves » ; sa fille âgée de neuf ans meurt de faim sous ses yeux ; son fils aîné est déporté vers un autre camp. Quatre années d’horreur auxquelles mettra fin l’arrivée des Vietnamiens en janvier 1979, qui permettront à Denise de retrouver son enfant et d’être rapatriée en France.

Le récit bouleversant d’une « mère Courage » qui, au milieu du chaos et du désespoir, n’a jamais cessé de se battre pour la vie"
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