T'oegye (1501-1570 )


Encombrés de nos propres anniversaires et célébrations, écrasés par l'hugolâtrie ambiante, nous avons assez peu l'occasion de jeter un œil sur ce que nos frères humains célèbrent ailleurs. Alors, allons pour T'oegye ( de nom personnel Yi Hwang ) illustre philosophe (néoconfucianiste ), poète et calligraphe que la Corée a honoré en 2001 et salué du titre de plus grand confucianiste du pays.

T'oegye est évidemment un parangon des enfants prodiges dont le Classique des trois caractères donne la mesure. Né près de Andong dans une modeste famille de la gentry (yangban ), orphelin à l'âge de sept mois, élevé par une mère peu lettrée mais d'une grande élévation morale, il apprend à lire à six ans dans le Classique des mille caractères et, dès l'âge de douze ans attaque l'étude des Entretiens de Confucius suivie de celle du Livre des mutations.Sa concentration et sa passion de l'étude sont si grandes qu'il en tombe malade. Il se marie à l'âge de 21 ans.

A 22 ans, il rejoint Séoul et intègre le Songgyungwan, l'académie nationale confucéenne. Il réussit le grand concours de fonctionnaire à 34 ans et fait une carrière brillante, successivement ministre des travaux publics, ministre des rites, assistant vice-premier ministre et finalement chef du bureau des conseillers spéciaux. En 1543, il découvre les oeuvres de Zhu Xi et souhaite consacrer sa vie à leur étude.

A 46 ans, après trois démissions et rappels successifs à la capitale, T'oegye se retire définitivement à T'oegye, son village natal (d'où son surnom ) dans un ermitage qui devient vite trop petit pour contenir le nombre de ses étudiants. En 1560, il fonde l'école Tosan dont la renommée sera prolongée par le roi Sojong qui, peu après sa mort, construit une académie privée du mom de Tosan sowon. Celle-là existe toujours.

Sa réputation grandissante entraîne à nouveau sa nomination à des charges dont il démissionne rapidement (il aurait démissionné 7O fois dans sa vie ! ) En 1568, malade, il accepte cependant d'entrer au service du jeune roi Sojong dans le Département des lectures royales. C'est là qu'il rédige son ultime ouvrage, le plus connu ( Etude de la sagesse en dix diagrammes ) avant de rejoindre définitivement son école et d'y mourir en 1570. Il est nommé premier ministre à titre posthume.

L'oeuvre laissée par T'oegye est considérable. La bibliographie universitaire aussi, mais rien en français, trois fois hélas. Il mérite pourtant d'avoir son nom inscrit au fronton de quelque Panthéon l'homme politique ( et le lettré ) qui laissa ce quatrain trisyllabique en forme de devise :
Du respect, toujours
De la vigilance, même seul
Du mensonge à soi même, jamais
Des pensées qui soient droites (MD, février 2002 )
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