Du Poitou


La mante religieuse
sur la feuille de menthe
déambule
d'un air distingué
se frotte les mandibules
démente.
Angles-sur-l'Anglin, 22 juin1986

La gâtine de l'orme est gâtée.
Le vieux de la palisse se meurt.
Il est mort, il en reste un moignon
Grotesque de reproche, un tronc
Et des boules sans grâce.
Sâche-le, ma fille,
Ne regarde pas les ormes malades
Pour ne pas mourir aussi.
Périgny, 23 juin 1986

La vallée n'est pas large mais assez ouverte
pour dégager - épaules de ménine - les crêtes.
Sur une d'elles, la maison pareille aux autres
pour le passant sur la route.
De la terrasse, entre la haie maintenant bien montée
et le cyprès un peu mourant, le clocher du village.
Clocher un peu idiot que personne ne regarde
Ses seules étoiles sont celles qu'il porte
sur la tête au hasard de la nuit pubère de juin.
Il est dix heures et le jour n'en finit pas
d'accrocher un jupon de clarté à son coq.
Il fait un peu frais , dit Maman,
je rentre.
Jaunay-Clan, 24 juin 1986


Se chauffer au caviar
Manger du charbon
Un thym vaut mieux
que deux romarins
tu ne l'auras pas.
Jaunay-Clan, 24 juin 1986


Le noisetier tout rond
Abrite le chemin
du lavoir en ruine.
Herbe folle
Sentier oublié
Le grincement de la brouette à linge
Qui l'entend encore ?

Jaunay-clan, 25 juin 1986


La passerose est grosse de vitalité.
Pierre sans eau, calcaire sans pitié.
Elle sort hardie, haute, impudique, charnue
sans craindre le juillet torride
qui met à la sieste
comme la mort au tombeau.
Chaleur absolue, silence du dimanche
après-midi absorbé dans l'espérance
de l'orage du soir désiré
et craint comme une tempête.
Jaunay-Clan, 2 juillet 1986


Sous le dôme sourd du matin brouillé
Les feuilles des deux érables
S'égouttent de sang lumineux.
La rosée du silence ponctue
La chute étouffée des noix
Gauler, peut-être.
Jaunay-Clan, Toussaint 1986


Une nappe de brouillard
Une tranche de prairie
Trois troncs tardifs
Triste Toussaint
Retour de cimetière.
Jaunay-Clan, Toussaint 1986
retour à la page d'accueil