science

Douceur : la science remet en question nos bonnes habitudes alimentaires

On nous rabat les oreilles depuis des décennies : il faut réduire le sucre. Une nouvelle étude, pourtant, vient ébranler ce dogme nutritionnel. Les chercheurs de Wageningen University et de Bournemouth University ont mis en lumière un paradoxe troublant : diminuer la quantité de sucre dans son alimentation n'a pas d'impact significatif sur les envies de sucré, ni sur la santé globale. Un revirement qui pourrait bouleverser nos recommandations en matière de santé publique.

Le sucre, un goût naturel et tenace

Pendant six mois, 180 participants ont été répartis en trois groupes, suivant respectivement un régime riche, modéré ou faible en sucres. Qu'ils consomment du sucre, des aliments naturellement sucrés (fruits, produits laitiers) ou des édulcorants à faible teneur calorique, le résultat est le même : les préférences pour le goût sucré sont restées étonnamment stables. Katherine Appleton, professeure de psychologie à Bournemouth University, explique : “Les individus ont une affinité naturelle pour le sucre, ce qui a conduit des organisations comme l'OMS à recommander sa réduction. Mais nos résultats montrent que cette approche est incomplète, car elle ne tient pas compte de l'origine de ce goût.”

L'étude révèle également un phénomène intéressant : la plupart des participants ont tendance à revenir à leurs habitudes alimentaires initiales avec le temps, ce qui souligne la difficulté de modifier durablement son régime alimentaire en se concentrant uniquement sur la réduction du sucre.

L

L'erreur n'est pas dans le goût, mais dans la quantité

Ce qui est ignoré trop souvent, c'est que le problème ne réside pas tant dans le goût sucré en lui-même que dans la quantité de sucre consommé et, surtout, dans la densité calorique des aliments. Beaucoup de plats préparés, souvent insoupçonnés, regorgent de sucre, même s'ils ne sont pas perçus comme “sucrés”. L'étude met en évidence l'importance de privilégier les sources naturelles de sucre, comme les fruits et les produits laitiers, qui apportent des nutriments essentiels.

Les chercheurs appellent donc à une révision des stratégies de santé publique. Au lieu de diaboliser le goût sucré, il serait plus judicieux de se concentrer sur la réduction de la consommation de sucre ajouté et des aliments ultra-transformés riches en calories vides. Comme le souligne Appleton : “Il ne s'agit pas de supprimer tous les aliments sucrés pour lutter contre l'obésité. Le vrai ennemi, c’est le sucre raffiné et les calories excessives.”

La Science nous rappelle, avec un pragmatisme salutaire, que la santé ne se résume pas à une simple équation sucre = mal. Il s'agit d'un équilibre complexe, où la modération et le choix d'aliments de qualité sont les clés d'une alimentation saine et durable.